pour et contre

Grande distribution et coronavirus : les gagnants et les perdants de la crise sanitaire

Quand bien même il n’est pas aisé d’évoquer des “gagnants” et des “perdants” de la crise sanitaire, il n’en reste pas moins que certains acteurs de la grande distribution s’en sortent mieux que d’autres. Si au premier abord, le e-commerce semble gagnant, les ennuis judiciaires d’Amazon pourraient pénaliser le secteur. De l’autre, les acteurs traditionnels, enseignes de supermarché, ont su s’adapter à de nouveaux comportements de consommation, tout en rassurant des producteurs inquiets pour l’écoulement de leur stock. Décryptage d’une crise aux conséquences inégales pour le secteur.

Les Français se tournent vers le Drive et le e-commerce dans la période de Covid-19

Si l’étude de la répartition des canaux de distribution dans la vente des Produits de Grande Consommation (PGC) est de l’apanage des panélistes, d’aucuns peut observer plusieurs tendances. Avec l’arrivée de la crise sanitaire, de nouveaux comportements de consommation se dégagent. Sans aller jusqu’à parler d’une perte de terrain du modèle de l’hyper, qui serait un jugement erroné, il faut souligner un glissement de l’alimentaire vers le Drive ou le e-commerce dans la séquence de confinement. Pour étayer les faits de données chiffrées, le panéliste Kantar vient de se pencher sur la question. Dans l’une de ses dernières études, il fait état de la hausse des dépenses en ligne, en augmentation de 15% sur la période du 24 février au 22 mars par rapport à l’année dernière. Si l’analyse court termiste est intéressante, un autre indicateur semble plus pertinent pour avoir une vision sur le long terme. Le taux de pénétration du e-commerce a augmenté de 8,8 points par rapport à une période du 24 février au 22 mars traditionnelle. Ce chiffre exprime à lui seul le potentiel du e-commerce. Gaëlle Le Floch, directrice strategic insights de la division Wordpanel de Kantar, estime qu’il “représente 2,5 millions de nouveaux clients”. Si le e-commerce a le vent en poupe, c’est aussi le cas pour le Drive. Sur les deux premières semaines de confinement, 7% des consommateurs ont fait pour la première fois leurs courses en Drive depuis le début de la pandémie. Pour Gaëlle Le Floch, “30% d’entre eux prévoient de continuer d’y aller à l’issue du confinement”. Une prévision réaliste dans un contexte où les problèmes sanitaires, et par conséquent les nouvelles habitudes de consommation, perdurent. Des effets d’aubaine réels pour ces deux canaux de distribution.

Des acteurs de la grande distribution qui ont misé sur le e-commerce

Le retail alimentaire semble de plus en plus se digitaliser à mesure que la crise sanitaire se prolonge. Le e-commerce alimentaire affichait une croissance de 50% dans le baromètre de FoxIntelligence que LSA a publié le jeudi 9 avril. Preuve en est, les bons résultats enregistrés par des acteurs du e-commerce comme Amazon, ou encore l’acteur tricolore Cdiscount. Dès le début de la crise sanitaire, Michael Pachter, analyste financier du cabinet Wedbush Securities, faisait la prévision d’un “record d’activité” pour le géant du e-commerce pendant le trimestre en cours. Prévisions qui doivent à présent cohabiter avec la restriction de l’activité d’Amazon en France, qui ont entraîné la fermeture sur cinq jours des entrepôts français du géant numérique. De son côté, Cdiscount, a enregistré une belle progression de son volume d’affaires lors de la publication de ses résultats du 1er trimestre 2020. L’augmentation de 35% du volume d’affaires de sa marketplace depuis début avril prouve l’engouement des Français pour la vente en ligne, quel que soit le type de produits. Une réussite pour le groupe Casino, qui a orienté sa stratégie vers le développement de sa filiale e-commerce et des nouvelles technologies d’achat. Preuve en est, la mise en service récente de l’entrepôt automatisé Ocado qui permet d’augmenter les capacités de livraison de l’enseigne Monoprix. D’autres acteurs de la grande distribution orientent, dès à présent, leur stratégie vers de nouveaux canaux de distribution. En témoigne le récent partenariat gagnant-gagnant entre Carrefour et UberEats afin d’offrir un service de livraison alimentaire plus large.

L’ensemble de la grande distribution est un acteur majeur de la gestion de la crise du Covid-19

La crise sanitaire du Covid-19 a été le théâtre d’une mobilisation intense de la grande distribution. Alors que les Français sont désormais familiers avec le terme de “confinement” et limités dans leurs déplacements, certains sont mobilisés pour assurer le fonctionnement élémentaire de l’activité économique. Parmi eux, les salariés du secteur de la grande distribution, en première ligne pour assurer le service d’alimentation. Un secteur qui s’est voulu rassurant avec ses producteurs comme ses salariés et ses clients.

Longtemps pointé du doigt par son rapport de force avec les producteurs, le secteur de la grande distribution s’est présenté comme un acteur clé de la gestion de crise. Premièrement, il a été garant de l’approvisionnement alimentaire des Français. Plus encore, il s’est montré force de proposition quand il a fallu adapter son offre à des publics fragiles. Par ailleurs, si le secteur a donné l’impulsion à des initiatives solidaires, les salariés s’en sont rapidement emparés, devenant des porte-étendards d’un mouvement de solidarité. Des magasins devenus ateliers de production de masques, des capacités de livraison mises à la disposition de l’Association des Maires de France, des rachats de stocks de producteurs français, des campagnes de promotion Made-in-France…

Bien sûr, il est possible de distinguer certaines tendances de fond, à même de donner des billes de lecture pour les mutations à venir. Un secteur du retail plus digital, mais sans pour autant perdre son lien de proximité avec les Français. Des gagnants à chercher du côté de ceux qui misent sur les technologies d’achat. Mais en-dehors des logiques marchandes, c’est tout un secteur qui sortira grandi par les initiatives solidaires. Autant d’initiatives qui ne manqueront pas de marquer l’imaginaire collectif, si peu enclin, par le passé, à considérer d’un bon œil la grande distribution.

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