Assemblée nationale

Vente de masques : entre engagement, craintes et désunion nationale, les enseignes se mobilisent

Tandis que le déconfinement approche, la vente de masques par les acteurs de la distribution fait débat et suscite des craintes. Particulièrement mobilisé pendant la crise du coronavirus, le secteur fait face à des critiques venues de divers horizons politiques et sociaux sur fond d’inquiétudes quant à l’accès universel aux masques – un enjeu face auquel plusieurs initiatives sont prises.

Le rôle de la grande distribution dans la fourniture de masques : entre revendications et polémiques

Alors que le système de santé est particulièrement sollicité depuis le début de la crise du coronavirus, des inquiétudes émises par plusieurs typologies d’acteurs émergent au début du mois de mai.

D’abord, par des représentants locaux de professionnels de santé. Le samedi 2 mai en effet, la Fédération pharmaceutique méditerranéenne (Fedmed) publie un communiqué de presse où elle réclame à Système U Sud la “rétrocession” en masques, puisés dans les stocks disponibles de l’enseigne, pour approvisionner les officines de la région Occitanie.

Pourtant, depuis le début de la crise, le secteur de la distribution est mis à contribution pour répondre à la demande de masques – d’abord à destination des acteurs du système de santé et, face à l’imminence de la date de déconfinement, pour répondre aux besoin de l’ensemble de la population. À l’occasion du week-end de Pâques par exemple, le Groupe Casino fait le don de 2 millions de masques aux personnels de santé, en même temps qu’il leur reverse 15% des recettes issues des ventes de fruits et légumes sur l’ensemble des magasins alimentaires du groupe, et ce sur l’ensemble du week-end de trois jours. Ces actions spontanées et ciblées constituent une première étape dans le soutien à la gestion de crise sanitaire.

Car à l’approche du déconfinement, le rôle des acteurs du retail s’approfondit. Après accord passé le 29 avril avec le Gouvernement et certains acteurs du retail, ces derniers se préparent à fournir l’ensemble des Français en masques protecteurs. Ils y sont autorisés dès le lundi 4 mai, et commenceront à assurer massivement ce service dès le 11 du même mois.

Avec le contexte de confinement, la place du secteur de la distribution dans la société française est réhabilitée. Il a contribué, pendant plusieurs semaines, à assurer la continuité de la distribution alimentaire, remplissant de ce fait une mission de service public pour la sécurité alimentaire des Français.

Mais ce rôle social joué par la grande distribution n’a pas empêché les réactions hostiles, notamment dans la sphère politique.

Un climat de suspicion entretenu dans la sphère politique : la réaction gouvernementale et la réponse des enseignes visées

Le 2 mai, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, se fend d’un communiqué de presse accusatoire contre les acteurs de la distribution, et lance un ultimatum. Par inversement de la charge de la preuve, il leur donne “3 jours” pour “prouver” qu’ils ne détiennent pas de “stock caché” – sous menace de porter plainte.

Pour se défendre, les groupes Carrefour et Intermarché publient respectivement, les samedi 2 et dimanche 3 mai, un communiqué de presse pour récuser l’accusation et apaiser les craintes. Ils reviennent aux origines de la crise, point par point et étape par étape. Carrefour précise que les services de douane disposent de l’ensemble des déclarations relatives aux commandes de masques et que le régime d’acquisition des stocks et des produits français par l’État était en application jusqu’au 21 mars. Ce n’est qu’à cette date que la libéralisation des masques a été décidée par le Gouvernement. Date à partir de laquelle l’enseigne a commandé 30 millions de masques en un mois. Étape suivante le 24 avril : le Gouvernement demande aux circuits de distribution de fournir la population française en équipement de protection sanitaire – demande intégrée par le Gouvernement au processus de déconfinement.

Face aux revendications et aux réactions hostiles, la grande distribution réplique

Intermarché de son côté répond à “l’incompréhension exprimée par certaines professions de santé vis-à-vis de la mise à disposition de masques pour la population française”. L’enseigne explique son rôle dans l’équipement des Français et des opérateurs économiques en masques, et détaille également l’historique de ses commandes. Elle rappelle que 200 millions de masques seront nécessaires, chaque jour, pour répondre aux impératifs de protection sanitaire de la population.

Un combat dans lequel les enseignes ne sont pas seules : la réaction du Gouvernement intervient dès le lundi 4 mai. Interrogée au micro d’Europe 1 dans la matinée, la secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher rappelle le rôle essentiel de la distribution dans la réussite du plan gouvernemental de déconfinement. Le Premier ministre a également déclaré devant l’Assemblée nationale : “Il n’y a jamais eu de stocks cachés. Il y a eu des commandes massives, et il faut un certain temps avant qu’elles se concrétisent en millions de masques disponibles pour l’ensemble de nos concitoyens”.

L’égal accès aux masques : un enjeu à l’origine d’initiatives nombreuses

Certaines modalités de distribution, notamment liées aux prix, sont sporadiquement sujettes à débat ou génératrices de craintes. Les tarifs et les formats de vente variant selon l’enseigne distributrice et la catégorie de masques, la question du budget alloué par les ménages en achat commence à être évoquée. Un budget très variable que les associations de consommateurs estiment entre 36 et 214€ par mois pour une famille de trois personnes, selon le type de masque utilisé.

Mais pour permettre l’accès égal aux masques de protection, notamment par les plus démunis, plusieurs initiatives, publiques commes privées, sont prises depuis plusieurs semaines.

L’État, de son côté, s’engage à prendre 50% des frais dépensés par les collectivités pour se fournir en masques. De son côté, l’AFNOR (Association française de normalisation) a par exemple créé une plateforme solidaire à destination des maires, qui permet notamment de recueillir et de répartir les dons de tissus effectués par les particuliers. Dans le cadre d’une mobilisation collective, plusieurs acteurs de la distribution comme Monoprix ou Intermarché ont joint leurs efforts à ceux du Gouvernement, de l’AFNOR ou de l’Association des maires de France au sein de la démarche “Masques solidaires”. Elle a pour but de faciliter l’accès à des masques protecteurs gratuits “pour les plus fragiles et les plus démunis”, “en complément des masques en tissus disponibles à la vente dans les commerces”. Un coût que ne pourrait assumer seul le secteur de la distribution, dans un marché en pleine évolution et qui demande une action concertée avec les autorités en charge de la santé des Français. Les exemples cités en sont une manifestation, tandis que les initiatives solidaires menées par les acteurs de la distribution se poursuivent.

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