Magasin Intermarché

Thierry Cotillard, Président d’Intermarché et Netto, revient sur la résilience de son groupe pendant la crise

D’aucuns s’accordent à dire que le secteur de la grande distribution sort renforcé de cet épisode épidémiologique, tant économiquement qu’en termes d’image, ayant réussi à assurer une continuité du service d’alimentation tout en étant vecteur de solidarité. À ce titre, Thierry Cotillard, président d’Intermarché et de Netto est revenu, pour LSA, sur les raisons de ce succès et “l’intelligence collective” dont a su faire preuve tout un secteur. Un succès qui se chiffre à 850 millions d’euros de chiffre d’affaires additionnel pour le groupe, et près de 5 milliards d’euros de recettes.

Le succès économique d’Intermarché et de Netto, fruit d’un maillage territorial important, d’une chaîne logistique renouvelée et d’un réseau de drives performant

Croissance au delà des 20% en sortie de confinement, gain d’un million de nouveaux clients, 1.7 point de part de marché gagné entre mi-mars et mi avril, autant d’indicateurs qui témoignent de la performance économique du groupe de distribution. Si son président, Thierry Cotillard, préfère y voir le résultat “d’un alignement des planètes”, il n’en reste pas moins que la crise sanitaire a donné raison à une stratégie bien huilée, orientée résolument vers un modèle “producteurs et commerçants”, parfaitement taillé pour s’adapter aux nouvelles exigences de consommation.

De prime abord, la performance économique enregistrée par Intermarché est le fruit d’un contexte porteur pour la grande distribution. Plus qu’un contexte, c’est la décision d’un seul homme qui semble avoir constitué le point de bascule des indicateurs économiques du groupe. Qualifié de “directeur marketing providentiel” par Thierry Cotillard, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, par sa décision de restreindre au stricte nécessaire les déplacements, a favorisé les enseignes bénéficiant d’un parc de magasins conséquent. C’est bien là, l’un des facteurs clés de la réussite d’Intermarché et de Netto, fort d’un maillage territorial important, le plus développé des enseignes de la grande distribution, avec un magasin tous les 17km.

Le succès des Mousquetaires (Intermarché et Netto) repose également sur une chaîne logistique performante, capable de répondre aux tensions provoquées par l’épidémie de Covid-19. Une logistique “intégrée et modernisée” qui a permis d’être réactif face à une demande online exponentielle. “Nos investissements récents dans la mécanisation et l’automatisation ont payé” ajoute Thierry Cotillard. Résultat, ce sont près de 22 millions de colis supplémentaires qui ont été préparés, par rapport à la même période en 2019.

Aux capacités logistiques du groupe, il faut ajouter la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement, via les relations distributeurs-producteurs, et un réseau de drives performant. Ce dernier “a assuré 20 % de notre croissance additionnelle avec des ventes qui ont bondi de 175 %. Le drive est passé de 2,5 à 6 % de quote-part dans notre chiffre d’affaires” selon Thierry Cotillard. Une performance du réseau drive, qui tient aussi dans les investissements en amont de la pandémie, prévus dans la feuille de route stratégique, qui ont permis d’augmenter les capacités et la rapidité du service. Un avantage non négligeable compte tenu de la hausse de la demande pour ce mode d’achat consécutive aux mesures de confinement.

“L’union sacrée” autour de la grande distribution, moteur clé des performances d’Intermarché et de Netto

Le président d’Intermarché et de Netto appelle de ses voeux à prolonger “l’intelligence collective” qui prévaut dans la séquence sanitaire. Une coopération entre et avec les enseignes de la grande distribution, qui a permis d’assurer la continuité du service d’alimentation mais aussi de faire éclore de nombreuses initiatives solidaires. Preuve en est, l’échange entre La Poste et Intermarché de masques et de gels hydroalcooliques en plein coeur de la pandémie. Une mobilisation de la grande distribution également visible dans une relation renouvelée entre distributeurs et producteurs.

À bien des égards, la réussite du groupe Les Mousquetaires réside aussi dans une nouvelle coopération avec les producteurs, fondée sur une relation apaisée et des partenariats gagnants-gagnants. Bien différente de ce qu’elle a pu être pas le passé, certains accusant les distributeurs de ne pas rémunérer les producteurs à leur juste valeur. Au contraire, l’enseigne, et au-delà l’ensemble de la grande distribution, a su faire preuve d’une grande solidarité avec des producteurs durement éprouvés par la crise sanitaire. Une perte de débouchés compensée par la promotion d’une production “Made in France” dans l’ensemble des supermarchés du territoire. À cela s’ajoute de nouveaux partenariats, à l’échelle locale, avec de nombreux producteurs. Plusieurs adhérents du réseau d’approvisionnement d’Intermarché sont d’ailleurs inscrits sur la plate-forme jaidelesproducteurslocaux.fr, un atout pour développer les circuits courts et démultiplier les partenariats locaux. Pour Thierry Cotillard, l’enjeu est “de devenir numéro un d’ici à trois ans en travaillant avec plus de 15 000 producteurs rassemblés sous notre bannière Producteurs d’ici”. De nouveaux partenariats qui s’inscrivent dans la lignée de la prolongation de la Loi Egalim et qui s’annoncent de bon augure au regard de l’attrait des consommateurs pour la production locale.

Plus encore, à l’épreuve de la crise sanitaire, c’est la relation entre le distributeur et les industriels qui est ressortie plus forte. Preuve en est, l’initiative solidaire conjointe entre Intermarché et de grands industriels afin de fournir des repas à la cantine solidaire pour SDF, le Refettorio. Au-delà de ces initiatives, la grande distribution a joué les garde-fous dans un contexte plus que délicat pour les industriels. En effet, les enseignes ont permis aux industriels d’écouler leurs stocks et donc de maintenir une certaine activité économique en dépit des contraintes sanitaires. Une relation encore plus à l’épreuve dans la phase post-pandémique, alors qu’il va falloir récupérer des gammes de produits complètes, ”afin de retrouver les obligations contractuelles”. Nul doute, que la relation tissée entre Intermarché et les industriels sera un atout pour assurer une reprise économique solide.

Mais la performance n’est pas seulement financière, elle l’est aussi d’un point de vue de l’image. À cet égard, Thierry Cotillard s’est dit satisfait de “la revalorisation de l’image de nos métiers auprès des Français et des pouvoirs publics”. Parce qu’au delà des performances économiques, c’est l’image de la grande distribution toute entière qui s’est profondément améliorée. Un blason redoré qu’il sera nécessaire de préserver dans la phase post-Covid-19.

De cette crise sanitaire, nous retiendrons la résilience de la grande distribution face à une crise sanitaire d’ampleur. Si l’image de la grande distribution tout entière sort renforcée de cette période, certains comme Intermarché et Netto, peuvent jouir d’un potentiel économique important. Résultat d’une stratégie en phase avec les nouvelles attentes des Français, davantage tournées vers la production locale et l’expérience d’achat omnicanale. Le groupe Les Mousquetaires profitent aussi d’une relation de confiance avec les producteurs et industriels. Ce qui rappelle que la grande distribution, est à envisager, non pas comme une seule entité, mais comme une chaîne qui va du producteur au client.

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