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Moratoire sur les centres commerciaux : les foncières au défi de la surenchère du gouvernement

Décryptage – Parmi les différentes mesures proposées par les 150 participants de la Convention citoyenne pour le climat, la demande d’un moratoire sur les nouvelles zones commerciales installées à la périphérie des villes a retenu l’attention du gouvernement, en mal de marqueurs symboliques sur l’écologie et pourrait entrer à court terme en application via une circulaire adressée aux préfets. Les foncières, dont les perspectives de croissance dépendent aussi de leur capacité à développer de nouveaux projets, seront-elles sacrifiées au nom du besoin de l’exécutif de se reverdir ?

Pouvait-on imaginer pire scénario pour les foncières que celui qui s’est joué en 2020, et plus précisément d’ailleurs sur le premier semestre 2020 ? Éprouvées par la crise sanitaire  et par une certaine perte de confiance de la part des investisseurs antérieure au Covid-19 quant à la pérennité de ce modèle économique, celles-ci doivent désormais composer avec l’hostilité affichée du gouvernement à l’égard des centres commerciaux. La nouvelle ministre déléguée au Logement, Emmanuel Wargon n’a pas mâché ses mots à leur encontre dans une intervention hier au micro de Cnews : “À chaque fois que l’on implante un nouveau centre commercial en périphérie on tue à petit feu le commerce de centre-ville et on incite les gens à habiter toujours plus loin et à prendre la voiture pour aller faire les courses”

Défense du petit commerce, de la vitalité des centres-villes et réduction du nombre de voitures, tout un programme politique, dont l’exécutif entend faire son cheval de bataille.  Outre cette accusation extrêmement forte, et relativement rare de la part d’un membre du gouvernement libéral, Emmanuelle Wargon a annoncé qu’une circulaire allait être adressée à l’ensemble des préfets pour inciter ces derniers à stopper tous les projets, d’extension ou de création, de centres commerciaux. En la matière, les annonces d’Emmanuelle Wargon ne relèvent ni du couac, ni d’une posture personnelle. Celles-ci sont, au contraire, en parfaite adéquation avec la nouvelle philosophie post-Covid et post-“vague verte” d’un gouvernement désireux de laver plus vert que vert. Jean Castex, ancien maire de Prades, commune de 6 000 habitants située dans les Pyrénées-Orientales, avait fait état dans sa Déclaration de politique générale quelques jours plus tôt, de la volonté de son nouveau gouvernement de mettre “en place un moratoire pour l’installation de nouveaux projets de centres commerciaux dans les zones périurbaines” afin de lutter contre “l’artificialisation des sols”, de “promouvoir les circuits courts et les petits commerces”.

Un gouvernement à la remorque des édiles écologistes

Si les annonces de ces derniers jours de la part du gouvernement n’ont pas manqué d’étonner quant à leur radicalité rhétorique, celles-ci s’inscrivent, dans les faits, pleinement dans les premières pistes de gestion municipale communiquées par les élus écologistes ces derniers jours. De toutes ces annonces, la plus emblématique est sûrement celle de Grégory Doucet, le nouveau maire de Lyon, qui a décidé de freiner le méga-chantier du quartier de La Part-Dieu à Lyon. Celui qui n’était encore il y a quelques semaines que le candidat écologiste dans la capitale des Gaules avait fait de la lutte contre l’artificialisation de la ville l’un de ses principaux axes de campagne. 

En février dernier, Grégory Doucet avait ainsi annoncé la création d’une “forêt urbaine” dans le quartier de La Part-Dieu, avec la plantation en masse d’arbres pour végétaliser les abords du centre commercial. Une vision de la transformation du quartier sur laquelle se rejoignent Grégory Doucet et Bruno Bernard, le nouveau président de la Métropole de Lyon, du même bord politique que le successeur de Gérard Collomb. À Grenoble, la volonté du conseil municipal écologiste est même d’aller encore plus loin que le moratoire proposé au sommet de l’Etat. Lors du dernier conseil municipal, tenu le samedi 25 juillet dernier, Émilie Chalas, députée de LREM de la troisième circonscription de l’Isère et tête de liste de son parti à l’occasion des dernières élections municipales, avait ainsi formulé un voeu en faveur d’un moratoire sur les centres commerciaux périurbains. Un voeu qui, à la surprise générale, n’a pas été adopté au motif que ce dernier n’irait  “pas assez loin”, dans la mesure où celui-ci se limite à la seule question des centres commerciaux, quand il s’agirait pour les élus grenoblois de remettre en cause l’ensemble du “système qui détruit la planète”. De surcroît pour ces derniers, ne retenir qu’une seule proposition parmi les 149 issues de la Convention citoyenne du climat constituerait, selon eux, une forme de trahison par rapport aux enjeux globaux posés par le changement climatique. 

Les arguments qui se sont exprimés à Grenoble pourraient présager des débats à venir au niveau national autour de ces mesures, notamment dans les grandes agglomérations remportées par EELV, ou avec le concours de ses candidats. Une opposition qui interroge d’une part sur le jusqu’au-boutisme de certains conseils municipaux écologistes, et sur la pertinence de la stratégie du gouvernement en la matière pour se reverdir à peu de frais.  Si celui-ci est soucieux de devancer les élus écologistes, l’exécutif sera-t-il contraint à une surenchère permanente ? Surenchère de laquelle les foncières sortiront nécessairement perdantes, alors que l’hypothèse d’une deuxième vague, qui se dessine dans la confusion générale, annonce, quant à elle, un second semestre tout aussi compliqué que le premier. De quoi alimenter encore un peu plus les doutes sur  ce modèle économique qui, depuis des années, suscite critiques sur critiques, entre fantasmes, postures idéologiques et réalités économiques qui, pour leur part, ne sont pas chimériques.

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