Construction

Le gouvernement s’apprête à inscrire dans la loi une limitation drastique au développement des centres commerciaux

La reprise et la rentrée s’annoncent sous le signe de l’environnement et de nouvelles mesures vertes pour le secteur de la grande distribution. Le gouvernement Castex semble prêt à mobiliser les outils de l’arsenal législatif pour veiller à réaffirmer ses engagements écologiques, quitte à engager un bras de fer avec les acteurs de la grande distribution et les propriétaires et promoteurs de centres commerciaux.

Retour sur le devant de la scène des préoccupations écologiques

La crise sanitaire a dans un premier temps eu pour effet d’occulter les problématiques relatives à l’environnement au profit de questions centrées sur les stocks. Pourtant, le confinement est une des causes majeures de la place primordiale qu’elles occupent présentement dans le débat public. Les consommateurs ont pu lire avec attention les étiquettes de leurs produits préférés et jauger l’impact de leur production et de leur distribution sur leur écosystème. Ils se sont maintes fois offensés du recours à des emballages exagérément nocifs pour l’environnement, ou plus récemment des manquements de certaines marques en termes de conditions d’abattage dans les élevages (Lidl était il y a à peine un mois la cible de l’association de protection des droits des animaux L214). Les distributeurs n’ont eu d’autre choix que d’accélérer les actions pour satisfaire leurs engagements RSE et répondre aux besoins de leur clientèle : Carrefour teste des emballages biodégradables et Aldi a récemment partagé ses objectifs ambitieux pour le bien-être animal.

Le gouvernement Castex pourrait cependant décider d’intervenir pour presser les choses dans le cadre des mesures suggérées par la Convention citoyenne pour le climat, que l’exécutif a indiqué vouloir reprendre dans leur quasi-intégralité.

Les centres commerciaux dans le collimateur du gouvernement

Le Premier ministre s’est fixé pour objectif de disposer d’ici la fin du mois de septembre d’un projet de loi visant à limiter le développement des entrepôts et centres commerciaux, dont les parcs immobiliers imposants engendrent une altération des sols. Les surfaces commerciales grignotent chaque année un peu plus d’espace au détriment des zones naturelles et agricoles : depuis 2015, trois millions de mètres carrés sont alloués annuellement à la construction de nouveaux commerces. Le but premier de la nouvelle loi serait de protéger ces zones, y compris celles considérées comme « constructibles », en fixant un moratoire. Elle viendrait renforcer la loi Elan qui permet déjà d’imposer que les zones d’opérations de revitalisation des territoires soient laissées en jachères durant 3 ans afin que les sols puissent se régénérer.

Les acteurs du secteur expriment leur inquiétude mais il est encore complexe pour eux de se prononcer sur l’impact qu’auront ces mesures car leur mise en place reste très floue : on ne sait pas précisément quelles zones sont concernées (surtout lorsque l’étalement urbain vient brouiller la délimitation entre espaces citadins et espaces naturels), ni si la construction inclut la rénovation des locaux… Quoiqu’il en soit, ils ne restent pas inactifs et ont entrepris de contredire collectivement les chiffres sur lesquels se base le projet de loi : ils affirment que seulement 2% des sols artificialisés seraient le fait du commerce contre les 14% annoncés par le Premier ministre.

Le Conseil National des Centres Commerciaux s’oppose lui aussi au moratoire, qui pourrait freiner des projets tout ce qu’il y a de plus vertueux : la construction se concentre ces dernières années surtout dans des zones souffrant de l’absence de commerces et déjà artificialisées. Arrêter de tels projets serait donc à ses yeux contre-productif, surtout au lendemain de la crise sanitaire. Il ne faudrait pas qui plus est exclure de la loi les géants du e-commerce, sous peine de voir Amazon gagner davantage de parts de marché et s’emparer des centres commerciaux comme il a pu déjà le faire aux Etats-Unis. En outre, la limitation des zones où le développement de centres commerciaux serait permis risque d’accroître leur attractivité en diminuant le stock et en entraînant donc une hausse de leur valeur. Affaire à suivre en tout cas dans les prochaines semaines.

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