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Stanislas Barthélémi : « Grâce à la blockchain, on peut déjà payer dans les magasins avec de la Cryptomonnaie »

L’innovation est au cœur de la stratégie des acteurs du retail, engagés dans une véritable bataille commerciale avec les géants du numérique (GAFAM & BATX). En effet, comme nous l’explique Stanislas Barthélémi de Blockchain Partner, les nouvelles technologies sont d’ores et déjà en mesure de bouleverser les pratiques de vente et les habitudes des consommateurs, ce qui pourrait durablement transformer les métiers du commerce…  

Comment présenter rapidement la technologie blockchain et votre organisation ? 

Stanislas Barthélémi : La blockchain est une technologie récente, dont l’apparition remonte à 2009 avec le Bitcoin. Mais le grand public n’en entendra parler que quelques années plus tard. Désormais, elle peut avoir de nombreuses applications dans de multiples secteurs, comme pour la banque, l’assurance, la finance ou l’industrie, mais aussi pour la logistique ou l’énergie… Concrètement, il s’agit à chaque fois de stocker et de transmettre des informations, de manière transparente et sécurisée, sans organe central de contrôle. Pour demeurer simple, les blockchain et cryptoactifs sont à la valeur ce qu’internet a été à l’information. 

La création de Blockchain Partner remonte à 2017 suite à la fusion de deux structures, l’une dédiée à la stratégie et l’autre à la technique. Auparavant nommée Blockchain France, l’organisation évoluait sous forme associative à partir de 2015 dans le but de répondre aussi bien aux besoins des acteurs du secteur public, que du secteur privé. Et depuis, avec notre structure, nous faisons beaucoup de pédagogie pour acculturer les décideurs économiques à ces technologies, mais nous accompagnons aussi son déploiement, en identifiant des cas d’usage tout en développant des solutions techniques dédiées à nos clients. 

Face à la Covid-19, l’e-commerce a été présenté comme une solution. Concrètement, quelles conséquences cette crise (et le développement de la vente en ligne) ont-t-il eu sur votre activité ? 

Stanislas Barthélémi : Presque mécaniquement, les entreprises du numérique ont vu leur valorisation boursière augmenter avec le confinement, en offrant une alternative aux centres commerciaux ou aux boutiques de centre-ville. La blockchain et les cryptoactifs pourraient être utilisés pour la partie paiement en ligne ou paiement entre machines dans le cadre (un brin futuriste) d’une livraison par drone par exemple. 

Seulement aujourd’hui la maturité technologique n’est pas encore tout à fait au rendez-vous. C’est pourquoi, quand les grands groupes s’y intéressent, ils n’en attendent raisonnablement pas un ROI [Return On Investment] à 3 mois. De ce fait, la blockchain arrive rarement en première position sur la Road Map technologique des entreprises, tant et si bien que la crise a plus freiné que stimulé notre activité. C’est regrettable considérant l’aspect politique de cette technologie. Elle pose des questions autant sur la monnaie, que sur la souveraineté technologique de la France et de l’Europe. Stratégiquement, les entreprises ont intérêt à comprendre et s’acculturer à cette technologie pour demeurer souverain.  À l’inverse, lorsqu’en 2019 Facebook annonce le projet LIBRA, la firme californienne lui offre un vrai gage de sérieux. À présent, la blockchain ne correspond définitivement plus à l’image d’Épinal, de la technologie qui se développe dans un garage !

Comment la blockchain s’intègre-t-elle dans la supplychain du retail ? Peut-elle contribuer à la révolution écologique de la livraison du dernier kilomètre ?

Stanislas Barthélémi : Au sein des villes, l’acheminement des produits sur le dernier kilomètre représente souvent une part importante de leur empreinte carbone. Mais en l’état actuel des connaissances, je ne peux pas affirmer que la blockchain aurait forcément un impact positif à ce niveau. 

Au demeurant, pour le secteur du retail, la blockchain est déjà utilisée afin de renforcer la traçabilité des différentes filières de production de l’agro-alimentaire. Ainsi, une enseigne comme Carrefour propose déjà sa solution de traçabilité sur des filières dites de qualité, à savoir des tomates et des poulets bios. Par ce biais, Carrefour s’engage à garantir la provenance de leurs produits sur toutes les étapes de sa vie, du producteur, au transporteur au distributeur, et en les associant à un QR code in fine en magasin. Qui plus est, grâce à la blockchain, on peut déjà payer dans les magasins avec de la cryptomonnaie. Même si, tant pour des raisons fiscales et réglementaires que culturelles, cette pratique reste assez peu développée en France, plusieurs acteurs se positionnent sur ce marché, à l’instar de Coinbase ou Binance proposant des cartes bleues faisant automatiquement la conversion de ses cryptoactifs en flux euros

Le plan de relance propose plusieurs mesures afin d’encourager la reprise de l’activité économique, celles-ci sont-elles à la hauteur de vos enjeux ? 

Stanislas Barthélémi : En ce qui concerne le plan de relance, il est encore difficile de se faire un avis pour la blockchain. Les grandes lignes ont été présentées par Bruno Le Maire, et sur les 100 milliards annoncés, 7 milliards seront dédiés au numérique avec Bpifrance. Alors que la blockchain est encore loin de s’être démocratisée, on peut regretter qu’elle ne soit pas davantage considérée comme une priorité, même si dans l’immédiat on comprend aussi que d’autres urgences puissent sembler plus importantes.

Néanmoins, lors d’une audition à l’Assemblée Nationale il y a quelques jours, j’ai pu souligner l’intérêt d’intégrer la blockchain aux futurs programmes d’investissements d’avenir avec des véhicules dédiés à cette technologie. Pour concurrencer des acteurs américains ou chinois, il va falloir changer de dimension. À la banque de France, un appel à projet a été lancé avant la Covid-19 afin de créer une monnaie numérique à destination des institutions financières. Seulement, cet appel d’offres n’est pas rémunéré, ce qui ne permet pas aux structures comme la nôtre de se positionner alors même qu’on dispose pourtant de l’expertise technique. À l’avenir, il faudra se montrer plus ambitieux si l’on souhaite vraiment utiliser ces nouvelles technologies tout en conservant notre souveraineté… 

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