Grande distribution : comment expliquer les hausses des prix en rayon ?

Depuis plusieurs semaines, les consommateurs observent une lente mais inexorable hausse du tarif de certains produits de grande consommation. Comment expliquer un tel phénomène dans un secteur traditionnellement plus inclin à absorber l’inflation plutôt qu’à la répercuter sur le prix en rayon ? Quels autres facteurs viennent expliquer ces hausses tarifaires ?

Le secteur de la grande distribution alimentaire se caractérise par une élasticité prix négative : les consommateurs sont globalement vigilants aux prix des produits de grande consommation, et une petite augmentation tarifaire peut donc rapidement détourner les consommateurs au profit d’une concurrence aux prix plus doux. Cette caractéristique structurelle du secteur explique que « la compétition sur le terrain du prix reste très vive », comme l’a récemment confié Emily Mayer de l’IRI (un institut d’études spécialisé dans les produits de grande consommation) au Parisien.

La hausse des prix est néanmoins une réalité pour les produits dits de « marque distributeur » (MDD). Ainsi, si le prix des huiles de marques nationales a diminué eu août 2021, celui des huiles MDD a connu une hause de 0,56%, puis de 1,02% en septembre, d’après les données de l’IRI. Cette même tendance se vérifie aussi sur d’autres produits alimentaires, comme les salades de fruits ou les conserves.

Si l’on prend le paquet de pâte d’un kilo comme étalon prix, on observe ainsi que cinq distributeurs sur sept ont augmenté leur tarifs sur leurs marques depuis le mois de septembre. Comme l’indiquait récemment l’analyse Olivier Dauvers, Leclerc est l’enseigne ou cette hausse est la plus conséquente, avec une augmentation de 27% en un an sur ce produit.

En remontant la chaîne de valeur vers l’amont, il apparait que ces hausses de prix sont dues à l’explosion des coûts pour les industriels de l’agroalimentaire, en particulier concernant les matières premières. L’Association nationale des industries alimentaires (Ania) souligne ainsi que le prix des huiles a grimpé de 39% en un an, tandis que le maïs et la volaille connaissaient des augmentations respectives de 28% et 23%.

Il faut également noter que certaines pénuries apparaissent dans un contexte de reprise économique mondiale post-pandémie : c’est notamment le cas du carton (+18% en un an) et du plastique (+21%). Si l’on considère également la hausse des coûts du transports, maillon essentiel des chaines logistiques de la grande distribution, on comprend l’intensité de la pression exercée sur les prix dans ce secteur. Les fournisseurs réclament en effet que les distributeurs acceptent de payer leur produits plus cher ; un fabriquant d’une MDD alimentaire affirmait ainsi au Parisien vouloir « une revalorisation de 9 à 12% ».

Malgré ce constat, une flambée incontrôlée des prix en rayon ne semble pas une hypothèse viable dans la mesure où le budget des ménages reste contraint par d’autres hausse (notamment des prix de l’électricité).

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