Jérémie Herscovic

[Tribune] Et le retail ? Une année après « …nous sommes en guerre… »

Tribune libre de Jérémie Herscovic, fondateur et CEO de SoCloz.

Cela fait un an, jour pour jour, qu’Emmanuel Macron s’adressait aux Français en direct de l’Élysée avec un ton grave dont on se rappelle tous : « …nous sommes en guerre… ». Des mots forts qui sonnent malheureusement encore juste aujourd’hui. Un discours qui a marqué la fin de l’ancien temps, un temps sans COVID…

À quelques heures d’une énième annonce sur le sort de l’Île-de-France pour les prochaines semaines, il est légitime de s’interroger sur la situation du retail après un an de COVID. En temps normal, à travers ces quelques mots j’aurais dû vous parler de l’accélération de la transformation omnicanale du retail : un luxe qui semble malheureusement inenvisageable au regard des rumeurs actuelles. Comment parler de sa transformation alors qu’un potentiel troisième confinement plane en Île-de-France après les Alpes Maritimes et Dunkerque ? L’Île-de-France sera-t-elle la prochaine sur la liste ? Un an après l’annonce du premier confinement quel bilan peut-on dresser ? Pourquoi est-il difficile d’envisager un avenir serein pour le retail ?

Parce que le retail est un des secteurs les plus impacté par la crise sanitaire. Secteur déjà bien ébranlé par de nombreuses crises : gilets jaunes en 2018, grèves fin 2019 et les deux premiers confinements. Le retail en est ressorti à chaque fois, un peu plus fragilisé. Les nombreux redressements judiciaires de 2020 en sont la preuve : Naf-Naf, La Halle, Alinéa, Camaïeu, etc. Cette énumération est à mon avis que le début…

Parce que le béaba pragmatique nous pousse à rappeler que le retail ne favorise pas la transmission du microbe. Un retail qui a déjà mis en place de multiples dispositifs et procédures pour éviter la foule en magasins. Alors pourquoi faudrait-il le fermer s’il n’en est pas un accélérateur ?

Parce que contrairement aux idées reçues, le Click & Collect ne lui permet pas de traverser la crise. Ceci est une illusion. Pour preuve, rappelons que les ventes en ligne représentent environ 15% des ventes de détail. Que le Click & Collect représente 50% de ces dernières. Nous avons vu pendant le deuxième confinement que les ventes en ligne et la part du Click & Collect ont été multipliés par 4 en moyenne. Peut-on alors croire un seul instant que 60% de l’activité comprenant 30% de Click & Collect est suffisant pour remplacer une activité normale… ? Et ce, d’autant plus quand les loyers ne sont pas annulés… ?

Parce que les soldes d’hiver 2021 n’ont pas eu le succès tant espéré par toute la profession. Le bilan de cette édition est bien décevant. Ambiance morose, entachée par un couvre-feu encore plus dévastateur que les précédents, et ce malgré la prolongation de deux semaines pour aider les commerçants à écouler leurs stocks, rien n’y a fait. Le grand perdant des soldes d’hiver est l’habillement qui a vu ses ventes baisser de 22% par rapport à 2020.

Quid des stocks qui vont rester sur les bras des enseignes alors même qu’ils représentent une part massive de leurs investissements ? Le premier confinement a freiné l’écoulement de la collection été 2020 et il en est de même pour la collection hiver avec le second confinement.

Alors nous pourrions nous dire que nous faisons tout cela pour sauver des milliers de vie. C’est vrai… et cela nous grandit. Mais nous le faisons depuis un an, entre confinements et couvre-feux à répétition, sans vision long terme et avec la croyance, à chaque fois, qu’il s’agit du dernier effort à faire.

Les paroles ont un temps, les agissements doivent prendre le devant de la scène, alors prenons des décisions qui s’imposent : concentrons nos efforts sur l’anticipation, créons des hôpitaux militaires pour accueillir de nouveaux lits et évitons ainsi de se regarder une fois de plus, dans le blanc des yeux. Pourquoi ne pas apprendre à vivre avec ce virus et continuer de vacciner massivement les populations fragiles ? Franchement, n’y-t-il pas d’autres moyens d’appréhender la protection des plus faibles que de sacrifier des pans entiers de notre économie dont le retail fait partie ? Malheureusement, nous réfléchissons encore avec notre prisme habituel : le totalitarisme de l’égalitarisme, et le droit du travail au pied de la lettre…

Pourquoi le retail serait-il alors un des grands sacrifiés d’une gesticulation inefficace ? Il ne le mérite pas.

Fondateur et CEO de SoCloz, Jérémie Herscovic est diplômé de l’ESCP Europe. Passionné par l’univers du retail et du digital depuis plus de 15 ans, il a fait ses premiers pas au sein du cabinet Roland Berger en tant que consultant en stratégie spécialisé en Biens de Consommations et Distribution où il a pu accompagner de nombreuses grandes enseignes pendant plus de 6 ans. En 2010, Jérémie se lance un nouveau défi et fonde SoCloz pour aider les retailers à répondre aux nouvelles attentes des consommateurs. 10 ans plus tard, SoCloz est désormais la Plateforme Omnicanale n°1 au service du Commerce Unifié : plus de 35 000 magasins digitalisés pour plus de 150 enseignes dans plus de 18 pays dans le monde.

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