Matthieu Riché
© JP Moulet

Matthieu Riché, Directeur RSE du groupe Casino, décrypte pour Alice Vachet les tendances post-confinement

DÉCRYPTAGE – Dynamique autour du bio, place du plastique dans les rayons, questionnements autour du vrac, circuits-courts, locavorisme ou encore bien-être animal : les enjeux RSE en matière de consommation et d’alimentation sont plus que jamais au centre des préoccupations des consommateurs et des citoyens, et plus que jamais ces derniers entrent en ligne de compte au moment de l’acte d’achat. Dans le podcast L’Empreinte, animé par Alice Vachet, Matthieu Riché, directeur de la RSE du groupe Casino revient sur les conséquences du Covid-19 pour le secteur de la grande distribution et décrit les actions entreprises par le groupe Casino pour mieux produire et mieux consommer.

Dire que le secteur de la grande distribution a été, quelque peu, ébranlé par la crise sanitaire dont une partie est visiblement derrière nous, mais dont les rémanences sont encore présentes, comme en témoignent notamment le port désormais obligatoire du masque dans les espaces publics clôts (centres commerciaux, magasins de ventes ou encore marchés couverts), est un euphémisme. Si les images des files interminables de clients aux caisses des enseignes semblent désormais lointaines, nul doute que le Covid-19 a eu un impact, psychologique notamment, sur la perception de la grande distribution de la part des Français. De manière archétypique, la “crise du vrac”, qui n’est pas qu’un simple ressenti purement impressionniste, puisque selon la dernière étude de l’Institut Nielsen le nombre de Français déclarant acheter du vrac a été divisé par deux depuis le confinement, est symptomatique de cette situation atypique. Durant la crise sanitaire, le secteur a enregistré rien moins que 18 points de baisse, avec un passage de 40% de Français déclarant acheter du vrac, à seulement 22%. Dans ce contexte, l’analyse du directeur de la RSE d’un des leaders français de la distribution est particulièrement éclairante, d’autant qu’elle permet d’entrevoir des pistes sur les tendances et autres engagements que le groupe Casino pourrait prendre d’ici à quelques mois.

Vers un retour en grâce du vrac

La crise sanitaire a, d’une certaine manière, contribué à un retour en grâce paradoxal et inattendu des emballages, et notamment des emballages plastiques, perçus de la part de tout une frange des clients, à tort ou à raison, comme davantage protecteurs que les produits disposés en vrac. Tout en soulignant qu’à cette occasion un débat s’est cristallisé sur la place du plastique dans les commerces de vente alimentaire, avec notamment l’idée diffuse que les emballages constitueraient des barrières à même de limiter la diffusion du virus, Matthieu Riché estime que la tendance va être, au contraire, de revenir aux enjeux du Pacte National sur les emballages plastiques. Pour le directeur de la RSE du groupe Casino, le mouvement de fond, depuis trois ans, va dans le sens d’une disparition progressive des emballages en plastique, dont l’impact sur l’environnement n’est plus à souligner. Car, si un acheteur sur deux a arrêté d’acheter en vrac pendant le confinement, il serait faux, comme le soulignait à cette occasion la directrice de Réseau Vrac, Célia Rennesson, de considérer que la confiance des consommateurs se serait tarie. Pour cette dernière, dont les propos sont rapportés dans l’étude réalisée en partenariat avec Nielsen, les consommateurs penseraient “déjà à revenir dans les magasins et la filière est prête pour les accueillir à nouveau”. Un propos qui n’est aucunement une prophétie auto-réalisatrice puisque l’étude souligne que “85% de la clientèle vrac en achètera à nouveau après le confinement”. Car la supposée désaffection des Français à l’égard du vrac pendant le confinement a des motifs bien plus complexes qu’il n’y paraît, et ce sont davantage les limites et autres contraintes en matière d’approvisionnement et de logistique qui ont fait basculer les clients vrac, que les enjeux en matière d’hygiène.

Réorienter l’impact de son assiette au quotidien

Outre ces modifications comportementales, dont on pourra mesurer les effets dans les prochains mois, la crise sanitaire a également contribué à questionner à nouveaux frais la place des circuits-courts et du “manger local” dans nos assiettes. Pendant le confinement, les acteurs de la grande distribution, comme le souligne Matthieu Riché, ont pris une série d’engagements concrets pour assurer les débouchées des producteurs locaux, considérablement ébranlés par les restrictions en matière de circulation et la fermeture des frontières avec nombre de partenaires commerciaux habituels. Des résolutions, transcrites dans les faits, qui n’ont pas manqué de contribuer à redorer le blason de la grande distribution à cette occasion et qui ont, également, rencontré les attentes des Français en matière de consommation, même si les enjeux budgétaires et la “guerre des prix” n’ont pas pour autant été complètement éclipsés. Pour le directeur de la RSE du groupe Casino, la lutte contre le gaspillage alimentaire constitue un mode de consommation (et de vie) cohérent avec la hausse des prix induites par le recours croissant aux produits locaux et, surtout, une réponse aux objectifs en matière de changement climatique. Autant d’enjeux qu’il ne s’agit pas, selon Matthieu Riché, d’aborder et de traiter séparément mais bel et bien dans un continuum entre les enjeux climatiques, économiques et sociaux. Dans cette lutte contre le gaspillage alimentaire et dans cet accompagnement en matière de transition alimentaire, brique essentielle donc quant à la réduction de l’impact de notre assiette sur l’environnement, Matthieu Riché souligne également que tout en ayant un rôle moteur et central dans le processus, les acteurs de la grande distribution ont besoin d’être épaulés par des start-ups innovantes, à l’image de Too Good To Go ou de Phénix. Dans les magasins Franprix, une enseigne du groupe Casino, le partenariat avec Too Good To Go a ainsi permis de “sauver un million de paniers” depuis le déploiement du service dans cette enseigne de proximité.

Rendre la transparence nutritionnelle accessible et intelligible

Si le “manger mieux” passe par une meilleure connaissance des produits de la part des clients, la transparence, notamment via les nutriscores affichés sur les packagings ou via les différentes applications type Yuka, reste encore un défi et un écueil pour nombre de clients qui peinent à s’y retrouver face à cette avalanche d’indices, de chiffres et de couleurs. Des efforts à faire de la part des distributeurs sur lesquels revient Matthieu Riché qui prend en exemple l’engagement pris par le groupe Casino qui s’est engagé à mieux définir la notion de date limite de consommation et ses variantes (DLC/DLO) afin d’apporter sa pierre à l’édifice. Sur ce dernier point, comme le souligne Matthieu Riché au micro d’Alice Vachet, le groupe Casino aux côtés d’autres acteurs de la filière agroalimentaire, parmi lesquels Danone, Carrefour ou encore Bel, fait partie des signataires du Pacte sur les dates limites de consommation. Ce pacte, en partie initiée par Too Good To Go début 2020, qui a réuni autour de sa démarche les industriels et les distributeurs, vise à réduire la part due à une mauvaise compréhension des dates de consommation de la part des clients dans le gaspillage alimentaire. Chaque année, cette mauvaise compréhension des dates serait à l’origine de près de 10 millions de tonnes de gaspillage alimentaire en Europe, d’où l’enjeu pour les distributeurs de proposer aux consommateurs des informations transparentes, accessibles et relativement simples afin de permettre à ces derniers de mieux les orienter dans leurs achats. Une transparence accrue et une information rendue plus accessible qui constituent donc, pour le directeur de la RSE du groupe Casino, deux piliers importants pour permettre l’évolution des modes de consommation, nécessaires tant à la transition alimentaire qu’à la réduction de l’impact de notre alimentation sur la planète. D’autant qu’à court terme, les utilisateurs, via leurs smartphones, outre les scores nutritionnels fournis par des applications comme Yuka, pourront avoir des informations précises sur le bilan carbone des produits, demandé notamment par la Convention Citoyenne, ou encore sur le bien-être animal.

À l’heure où les consommateurs sont, et c’est un truisme que de le rappeler, plus que jamais exigeants sur les conditions de production des produits qu’ils consomment, l’engagement responsable devient plus que jamais central et stratégique pour les distributeurs et les marques. Le groupe Casino n’entend pas être en reste et multiplie à cette fin les initiatives en matière de RSE. Des engagements qui lui ont valu d’être distingué dans le dernier classement de Vigeo Eiris, l’agence de notation des critères ESG filiale de Moody’s, comme premier distributeur européen pour ses engagements sur le climat, l’environnement la gouvernance ou encore pour sa politique ressources humains.

Crédit photo : © JP Moulet, à retrouver sur lsa-conso.fr

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