« Dans un communiqué, Force ouvrière s’est inquiété « du silence assourdissant » de la part de la direction du groupe Carrefour. »

Rumeurs de rachat de Carrefour par Auchan : forte inquiétude des syndicats pour l’emploi

Selon Les Echos, Auchan se préparerait à une nouvelle tentative de rachat du groupe Carrefour. Si la nouvelle a rendu les marchés euphoriques sur la fin de semaine passée, elle suscite une forte inquiétude des syndicats. Force ouvrière s’est notamment inquiétée du « silence assourdissant » de la part de la direction de Carrefour. Des questionnements sur l’avenir de l’emploi au sein du distributeur demeurent en effet sans réponse selon le syndicat, qui n’est pas le seul à réagir.

Le mercredi 5 janvier, Les Echos révélaient dans un article que l’Association familiale Mulliez (AFM) en serait loin d’en avoir terminé dans ses projets de rachat du groupe Carrefour.

L’appui de fonds d’investissements anglo-saxons

Après une première tentative de rapprochement qui s’est avérée infructueuse au mois de septembre dernier, de nouvelles rumeurs d’OPA ont agité le monde de la distribution – et de la finance. Cette fois, selon les informations des Echos « concordantes avec celles de l’agence Bloomberg », la nouvelle tentative d’Auchan reposerait sur une offre « 100% en numéraire ». Des fonds d’investissement seraient déjà positionnés pour apporter une partie du cash nécessaire – Les Echos évoquent les noms des cabinets anglo-saxons « CVC, KKR et CD&R ».

Une rumeur qui a eu un impact immédiat sur les marchés : le cours de l’action Carrefour bondissait de 5,09% dès le jour même, et poursuivait de plus belle son envolée le lendemain, avec une hausse de 6,29%. Une euphorie des marchés que sont loin de partager les syndicats.

Les syndicats du groupe Carrefour déjà inquiets à la fin de l’année 2021

L’OPA potentielle d’Auchan sur Carrefour « première version » de fin de 2021 avait déjà suscité des inquiétudes de la part des syndicats, comme Actu Retail le rapportait en octobre dernier. Sylvain Macé, délégué syndical CFDT du groupe Carrefour avait déclaré peiner « à comprendre la logique d’une alliance avec Auchan, un groupe qui a également beaucoup misé sur le format super/hypermarché ! ». La pertinence économique d’un rapprochement entre les deux distributeurs français continue en effet de susciter des doutes – le format hypermarchés représentant 70% des activités d’Auchan, un format auquel Carrefour est également fortement dépendant. Une situation qui a de quoi augurer de fortes turbulences sur les quelques 150 000 salariés employés chez Carrefour et chez Auchan.

Le « silence assourdissant » de la direction du groupe Carrefour selon Force ouvrière

Sans surprise, les nouvelles rumeurs de rachat de Carrefour par Auchan, avec l’appui de fonds d’investissement, n’est pas du goût des syndicats, qui n’ont pas manqué de réagir fortement. Dans un communiqué, Force ouvrière s’est inquiétée « du silence assourdissant » de la part de la direction du groupe Carrefour devant « des mouvements financiers importants sur l’action Carrefour ces dernières semaines ». Le syndicat y partage ses « interrogations » – en particulier sur des restructurations et leurs « conséquences potentielles pour les salariés », « l’accélération des cessions de magasins en location-gérance », et sur la « pertinence commerciale » de l’opération. Ainsi, le vendredi 7 janvier, Cyril Boulay, délégué de groupe Force ouvrière au sein de Carrefour, prenait-il une position publique pour exprimer les demandes du syndicat à auprès de la direction.

De son côté, la CFDT s’appuie notamment sur l’analyse de l’expert de la grande consommation Olivier Dauvers. Ce dernier évoque notamment la séquence délicate que pourrait rencontrer l’AFM pour convaincre le Gouvernement d’une opération d’une telle envergure, l’« obstacle » que pourrait poser l’Autorité de la Concurrence, les difficultés à réorganiser les chaînes logistiques respectives des deux enseignes, les doutes des cadres de Carrefour et, surtout, la possibilité que les actionnaires « y voient plus une usine à gaz qu’une machine à cash ? ».

L’inquiétude des syndicats risque de ne pas s’estomper de si tôt. En octobre dernier, la CGT Groupe Carrefour affirmait « sans une révolte des travailleurs nous ne savons toujours pas à quelle sauce nous allons être « fusionné » ». Des prises de position fortes exprimées sur fond d’« épuisement physique et moral » des salariés du groupe, selon les résultats d’un questionnaire diffusé par la CFDT. En dehors de l’hexagone, des signaux inquiétants ont notamment pu être décelés avec le licenciement de 770 salariés de Carrefour Italie durant le mois de novembre, qui subissait de plein fouet les conséquences de la crise pandémique.

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