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E-commerce : Les petits commerçants s’opposent aux entrepôts d’Amazon

En raison d’une large concentration d’entrepôts des enseignes de e-commerce, la Confédération des commerçants de France réclame un moratoire sur leur construction. Les commerçants craignent que le géant américain du e-commerce, accusé d’instaurer une rupture avec les commerces physiques et de proximités, ne cause leur perte.

Des entrepôts à perte de vue

En développement dès les années 1990, le commerce en ligne rencontre depuis un véritable succès. D’après une étude de la Fevad, en 2018, 37,5 millions de Français ont acheté en ligne et le secteur rapporterait, dans l’Hexagone, quelques 81,7 milliards d’euros par an. Face à un tel succès, le secteur s’est encore développé et accueille aujourd’hui 182 000 sites de e-commerce actifs. Ces dix dernières années, les ventes en ligne auraient ainsi été multipliées par cinq, et Amazon, leader de ce secteur, posséderait pas moins de 175 entrepôts en France.

Le contexte actuel n’a pas aidé. Dès les premiers jours de confinement, privés d’accès aux commerces non-essentiels, les ventes en ligne ont explosé. Une étude de SalesForce constate même une augmentation des ventes en ligne de 24 % sur le premier trimestre 2020, avec une augmentation du nombre d’acheteurs uniques de 40 %. L’enseigne Amazon avait quant à elle été contrainte de fermer ses entrepôts dès le 16 avril suite à une décision de justice. Malgré tout, ses clients continuaient à s’approvisionner chez eux depuis les pays voisins. Annoncée pour quelques jours, la fermeture des entrepôts a finalement duré jusqu’au 20 mai 2020.

Les commerçants en colère

Aujourd’hui, les petits commerçants se mobilisent contre les projets de nouveaux entrepôts d’Amazon en France. Déjà pendant le confinement, le Syndicat national de la librairie française (SLF) dénonçait une concurrence déloyale face à la fermeture des commerces non-essentiels contre les enseignes de la grande distribution et les sites de vente en ligne, toujours autorisées à vendre. Face à la crise, de plusieurs enseignes de la grande distribution se sont adaptées et ont développé des offres e-commerce. Une pratique qui devient la norme, mais qui est synonyme de “rupture physique” entre les consommateurs et les commerçants. Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, avait pourtant dans les dernières semaines encouragé les commerçants à accélérer leur transformation numérique et commencer à vendre en ligne.

Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France, a fait alliance avec une vingtaine de députés de gauche et écologistes pour suggérer la rédaction d’une proposition de loi portant « des mesures d’urgence pour protéger le commerce de proximité d’une concurrence déloyale » dans le but de mettre un terme à la construction de ces entrepôts. Parmi ces députés, on retrouve Delphine Batho, Matthieu Orphelin et Cédric Villani du groupe Ecologie démocratie solidarité, mais aussi François Ruffin de La France Insoumise. Ces rédacteurs réclament l’arrêt d’une douzaine de projets d’entrepôts dont la moitié serait à l’initiative d’Amazon. Les députés à l’origine du texte s’opposent tout particulièrement à la construction d’un projet de 40.000 mètres carrés qui s’étend sur 400 mètres de longueur et 18 mètres de haut à 4 kilomètres du pont du Gard, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

L’inconvénient concernant ces entrepôts dédiés au e-commerce est leur reconnaissance juridique, et leur statut comme site logistique ou outil commercial, est encore assez flou. Amazon confirme vouloir développer l’activité, mais refuse de donner des précisions sur les projets. Néanmoins, la fermeture des entrepôts français d’Amazon pendant le confinement témoigne qu’il reste possible dans l’Hexagone de se faire livrer depuis des pays frontaliers et que le sujet est européen. Delphine Batho a annoncé lundi qu’un amendement au prochain projet de loi de finance rectificatif serait d’ailleurs déposé sur le sujet.

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