Antoine Bagur (CircularX) : « L’économie circulaire peut réconcilier objectifs économiques et écologiques »

L’économie circulaire fait aujourd’hui l’objet d’une réelle appétence de la part des consommateurs. Certaines entreprises trouvent ainsi dans leur virage stratégique vers des modèles d’activités circulaires une source de revenus complémentaires et un outil de fidélisation. CircularX propose à ses clients, marques comme distributeurs, une plateforme technologique et un accompagnement stratégique afin d’assurer le succès de cette transition. Actu Retail a pu aller à la rencontre d’Antoine Bagur, son co-fondateur et CEO.

Quelles sont les raisons qui, en tant que co-fondateur, vous ont poussé à créer CircularX afin de favoriser le développement de l’économie circulaire ?

Antoine Bagur : Afin de remettre les choses en perspective, il est utile de rappeler que CircularX est née il y a trois ans au sein du groupe Recommerce. C’est une initiative singulière de ce point de vue, car la naissance de cette entreprise est la conclusion d’un cheminement engagé dès 2009 par les co-fondateurs de Recommerce. Cela fait déjà quinze ans que notre groupe travaille sur la question du reconditionnement des équipements électroniques et de l’économie circulaire : il est l’un des pionniers du secteur en Europe, notamment sur le segment des smartphones.

En ce qui me concerne, j’ai travaillé dans l’industrie pendant dix ans, principalement dans le secteur de l’énergie, puis sur la question de l’économie circulaire à l’étranger. Lorsque je suis revenu en France, mon chemin a croisé celui des co-fondateurs de Recommerce. Je souhaitais entreprendre sur cette thématique et nous avons donc initié à ce moment-là le projet CircularX. La maturité du groupe Recommerce a été un atout majeur pour asseoir les bases de ces nouvelles activités.

Quelle est aujourd’hui la proposition de valeur de CircularX ?

Antoine Bagur : Nous avons, aux origines du projet, procédé à un premier état des lieux. Nous disposions d’une expertise profonde sur le marché du reconditionnement, qui nous a permis de développer une offre d’accompagnement stratégique et de coaching. Nos interlocuteurs sont principalement des cadres de direction souhaitant opérer certains virages stratégiques : il est donc primordial pour nous de pouvoir apporter, au-delà d’une solution technologique, notre connaissance fine des modèles existants d’économie circulaire.

Aller vers la seconde main peut générer des inquiétudes car c’est un choix qui implique de prendre des risques stratégiques et opérationnels, en plus de revoir certains fonctionnements de l’entreprise. Nous proposons de déployer de nouveaux modèles commerciaux qui nécessitent un accompagnement de long terme et qui supposent une transformation de l’entreprise cliente.

Depuis quinze ans, le groupe Recommerce a considérablement investi dans ses propres systèmes IT afin d’investir la filière du reconditionnement. CircularX se veut être un « spin-off » de cette expertise technologique et a pour vocation de proposer des solutions logicielles « sur étagère », permettant à de nouveaux acteurs d’entrer dans l’économie circulaire sans induire de développements internes spécifiques et coûteux. Ces solutions doivent être standardisées et industrialisées, au même titre qu’un CRM ou un ERP par exemple.

Nous disposons à cet égard de la solution technologique la plus mature du marché, dans la mesure où nos solutions font l’objet de développements chez Recommerce depuis quinze ans. En proposant une plateforme logicielle intégrée, nous permettons à nos clients de consacrer plus d’attention à des questions d’ordre stratégique : communication avec les consommateurs, définition des prix et intégration des modèles linéaire et circulaire.

Quelles sont les différentes briques techniques de la plateforme proposée par CircularX ?

Antoine Bagur : Nous proposons trois principales fonctionnalités : rachat, reconditionnement et argus des prix. La première brique technique permet donc à nos clients de communiquer un catalogue d’offres de rachat à leurs consommateurs.

Si le consommateur trouve sa référence dans le catalogue proposé, il peut effectuer la revente de son produit de façon complètement autonome sur notre plateforme, proposée en marque blanche. Plusieurs options de paiement et de livraison lui sont alors suggérées, et nous prenons en charge l’orchestration du paiement et du transport – qui est une composante essentielle de l’expérience client. De cette manière, nous garantissons une omnicanalité sans couture depuis notre plateforme. Les consommateurs ont également la possibilité de proposer des produits à intégrer au programme de rachat de l’un de nos clients, de façon incrémentale.

La brique technique dite « Atelier » permet à nos clients de piloter les flux de produits rachetés, afin d’optimiser les étapes de reconditionnement et de les orienter vers les canaux de revente les plus appropriés. Nous proposons enfin une brique technique relative à l’argus des prix, qui permet d’évaluer le niveau de pertinence d’un prix dans le cadre d’un rachat, par rapport au marché. Nous donnons ainsi accès à nos clients à un ensemble de données comparables et, sur la base de cette information, une nouvelle politique de prix peut être adoptée sur la seconde main.

Peut-on dire de l’économie circulaire qu’elle est en train de passer à l’échelle ? Existe-t-il encore des freins au déploiement de modèles circulaires ? 

Antoine Bagur : Les motifs d’un engagement stratégique vers des modèles circulaires peuvent varier. Lors de la création de CircularX, nous avions cherché à identifier les principaux rationnels à l’origine de ces virages stratégiques et nous en avions trouvé quatre. Le premier est réglementaire, tel que l’introduction de la loi Agec. Le second est lié aux attentes des consommateurs, qui jouent un rôle de prescripteurs d’offres de seconde main. Le troisième est lié à la motivation interne des entreprises, au sein desquelles des éléments moteurs parviennent à imposer ces sujets stratégiques. Le quatrième est l’attrait économique que peut représenter la seconde main.

Nous avons testé ces différents rationnels auprès de nos clients, et le facteur réglementaire n’est généralement pas celui qui permet d’enclencher un virage net, de rupture, vers des modèles circulaires. Il est beaucoup plus fréquent que nos clients décident de s’engager dans cette voie du fait du bénéfice économique induit par des activités circulaires.

Nous identifions, par ailleurs, deux grandes typologies de freins au déploiement de modèles circulaires. Des freins opérationnels et des freins culturels. Les freins opérationnels – organisation fluide de la logistique, interconnexion des systèmes IT, etc. – peuvent être plus facilement résolus. CircularX peut apporter des réponses claires à ces potentiels écueils. Les freins culturels peuvent, en revanche, être plus difficiles à surmonter. Certaines entreprises présentent même parfois une opposition de principe à ce type de modèle.

Diriez-vous que certains secteurs sont plus engagés dans l’adoption de modèles économiques circulaires ?

Antoine Bagur : Si l’on considère les biens de grande consommation, le smartphone fait la course en tête sur cette question. Néanmoins, de plus en plus de produits sont sujets à des opérations de reconditionnement comme le petit ou le gros électroménager. Le secteur de la mode est également très actif, bien qu’ayant commencé – notamment avec Vinted – par développer des modèles circulaires CtoC quand nous proposons de développer pour nos clients des modèles CtoBtoC.

Il faut bien comprendre que le déploiement de ces modèles CtoBtoC est dépendant de la valeur résiduelle des produits considérés. Un vêtement issu de l’ultra-fast-fashion, par exemple, n’aura qu’une valeur résiduelle très faible à l’issue de son cycle de vie. CircularX se positionne sur des valeurs résiduelles plus élevées qui auront un intérêt économique pour nos clients. Le fait que la marque puisse reconditionner le produit elle-même offre également une réassurance que l’on ne retrouverait pas pour des produits similaires vendus en CtoC.

Quelles sont les perspectives de développement de CircularX à moyen terme ?

Antoine Bagur : Notre ambition est de permettre à un maximum d’acteurs d’orchestrer ce pivot du linéaire vers le circulaire et de continuer à faire nos preuves sur un périmètre européen. Nous souhaitons devenir, sur cette thématique, l’éditeur tech numéro un des solutions logicielles en marque blanche en Europe. 

Cela implique de travailler avec les marques et les distributeurs pour approfondir l’orchestration des opérations de rachat, par exemple en permettant à une marque de racheter un produit via un distributeur. Nous souhaitons industrialiser les offres de rachat et associer un maximum de distributeurs et de marques sur notre plateforme, pour parvenir à atteindre le bon point de rentabilité économique sur ces modèles circulaires.

Nous souhaitons encore intégrer et simplifier nos parcours, afin de proposer une expérience sans couture aux consommateurs et générer certaines synergies commerciales entre le neuf et la seconde main. De nouveaux parcours clients sont donc à inventer et c’est une voie que nous allons explorer avec nos clients au cours des années qui viennent.
Il s’agit finalement d’une évolution naturelle pour le groupe Recommerce qui fait bénéficier à CircularX de son expertise sur le reconditionnement pour permettre, à terme, d’étendre les logiques de l’économie circulaire à d’autres secteurs.

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