Emmanuel Macron

Couvre-feu, nos hypothèses pour les acteurs de la grande distribution en Île-de-France

Après l’annonce hier soir, de la part d’Emmanuel Macron, de nouvelles mesures de restriction sanitaires en raison de la propagation de l’épidémie de Covid19, avec l’instauration d’un couvre-feu à 21h en Île-de-France, région la plus touchée par la deuxième vague du virus, ainsi que les autres points de tension sanitaire (comprenant notamment 8 métropoles), quelles conséquences pour les acteurs de la grande distribution et du commerce ?

Les différents observateurs qui scrutaient, depuis plusieurs jours, avec grande attention les déclarations de l’exécutif et de l’aréopage de conseillers, essayaient tous de deviner les contours du futur plan de bataille contre le Covid-19 que le Président de la République doit dévoiler ce soir. Certes, il faisait peu de doute que l’accent devait être mis particulièrement sur l’Île-de-France, où les chiffres de suivi quotidien de l’épidémie, ainsi que les retours d’expérience et simulations des professionnels de santé laissent à penser que le Covid-19 y est à nouveau galopant.

Si l’hypothèse d’un reconfinement a été sur toutes les lèvres ces derniers jours, celle d’un couvre-feu, qui essaimait depuis les dernières heures dans les déclarations publiques, ainsi que dans les small talks officieux des conseillers ministériels, a donc été retenue par l’exécutif. Pour la région Île-de-France,  ce dispositif, aux contours encore flous d’une durée de 6 semaines, ne manquera pas bouleverser à nouveaux frais un secteur de la grande distribution, sortis chancelant de la première séquence. 

Pour essayer d’y voir plus clair, en se fondant notamment sur les enseignements issus de la première séquence de confinement, Actu Retail livre son analyse et ses hypothèses pour les jours à venir.

Une nouvelle bascule pour le secteur de la grande distribution ?

Avec la mise en place d’un couvre-feu, il y a de quoi s’interroger sur la situation des centres commerciaux sortis exsangues de la première séquence, qui ont subi dans les plusieurs semaines des critiques fortes et les effets de mesures encore plus restrictives, ainsi que de nouveaux pas du Gouvernement perçus comme inquiétants en matière de développement et de constructions.
Il est probable que ceux-ci devront continuer à limiter le nombre de clients qu’ils peuvent accueillir. Les hypermarchés franciliens, de Carrefour à  Leclerc en passant par Auchan, ont également tout à craindre de cette situation, qui ne favorise guère les déplacements éloignés du domicile et n’est guère propice à des prises de risque, au risque d’écoper d’une amende.

L’impact risque également d’être important  pour les géants du discount alimentaire comme Lidl ou Aldi, pour l’essentiel situés en périphérie de la métropole francilienne, la plus touchée par cette nouvelle vague de l’épidémie. Pour ces derniers, l’instauration du couvre-feu, avec son cortège de restriction, pourrait casser une dynamique ascendante pour ces acteurs en croissance. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le format, des centres commerciaux aux hypermarchés, nul doute que les sites de destination, comme nous avions pu le constater au printemps, patîront le plus de cette situation, et seront quelque peu délaissés de leurs consommateurs habituels. De quoi signer, un énième retour en force du e-commerce et de la proximité ?

E-commerce et proximité, les deux forces de la grande distribution en Île-de-France

Une interrogation persiste sur les conséquences de cette nouvelle vague de mesures sanitaires. S’il est probable que, comme au printemps, celle-ci entraîne une accélération soudaine de l’actualisation des logiques qui prévalaient alors, en particulier avec la montée en puissance forte du e-commerce, qu’en sera-t-il cette fois pour les relations entre l’alimentaire et non-alimentaire et sur le rôle des commerces de proximité et des distributeurs stratégiques ?

Si la limitation de déplacement lors du confinement avait en effet ravivé le commerce de proximité, séduisant pour ses offres de produits mais aussi, et parfois surtout, pour ses lieux conviviaux répondant aux besoins de lien social, qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Ces commerces subiront assurément une chute importante du nombre de clients à partir de 21h. Nous pouvons néanmoins supposer que ces enseignes de quartier seront la destination de choix en cas d’achat nécessaire aux alentours de 20h pour ne pas rentrer après le couvre feu, et qu’après l’entrée en vigueur du couvre-feu ces derniers seront privilégiés par les clients (sous réserve qu’une dérogation permette une levée partielle du couvre-feu pour les achats de nécessité alimentaire et de proximité immédiate) les consommateurs les préfèreront également aux enseignes plus larges et situées plus loin de chez eux, au vu du risque d’amende encouru.

À cela s’ajoute le fait que la fermeture des restaurants devrait, également, entraîner un report naturel et conséquent des consommateurs vers les enseignes de proximité. Cependant, l’effet de “parenthèse de lien social et de convivialité” aura probablement un impact moindre sur les habitudes des Français, au vu de la possibilité de contacts sociaux prolongés toute la journée. Selon les mesures effectivement installées en termes de chômage partiel et de télétravail, cette convivialité pourrait cependant être recherchée à nouveau et actualiser le regain d’intérêt pour les commerces de proximité observé pendant le confinement.

La situation des entrepôts interroge également. En particulier les risques qu’ils pourraient subir comme au printemps avec des mouvements d’exercices soudains du droit de retrait de la part de salariés, pouvant résulter d’un impact épidémique plus prégnant ou bien d’une tension liée aux restrictions en matière de circulation. Dans ce contexte, l’intérêt des entrepôts automatisés, lancés fin mars dans la région francilienne, devrait être à nouveau renforcé, et certains acteurs, à l’image de Monoprix via son partenariat avec le britannique Ocado, se sont déjà lancés fortement dans cette voie avec des une automatisation, de plus en plus, croissante de la logistique.

Dans ce même esprit, les magasins autonomes pourraient également être favorisés par la situation, de même que le drive, qui, pour sa part, a connu un véritable boom lors de la période de confinement des mois de mars et avril.  Intermarché avait ainsi pu particulièrement développer ce mode de commerce durant le printemps, et le drive avait connu une hausse massive de son utilisation de 70% dès la troisième semaine du confinement. Enfin, le sans-contact, qui avait été autorisé jusqu’à 50 euros dans les derniers mois, pourrait lui aussi connaître un nouveau bond dans le contexte de restriction massive de la circulation et des modes classiques d’achat pour les consommateurs.

Il ne fait en tout cas aucun doute que la période qui s’ouvre pendant les prochaines semaines constituera une nouvelle secousse pour le secteur de la grande distribution comme pour toute la société et le tissu économique. Gageons que les acteurs du retail sauront à nouveau tirer le meilleur des difficultés du moment.

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